BRACARNNAGE

img_2145-copiePersonnages :

Pauline, serveuse de la Cantine chez Pauline ;

Bernard, garde-chasse ;

Robert, ami de Bernard.

*Il pourrait y avoir des figurants pour ne pas gaspiller la nourriture cuisinée par Pauline (selon le budget de la production).


Jonquière. La scène se déroule dans une cabane à patates frites. La cuisine du restaurant est derrière le comptoir. L’ambiance et la décoration du restaurant sont inspirées des années 1980. Ce n’est pas un style recherché, il n’y a jamais eu de rénovations depuis l’ouverture de la Cantine chez Pauline en 1981. Devant le comptoir, il y a entre six et huit tabourets. Pauline prend les commandes derrière le comptoir et elle s’occupe de cuisiner les hot-dogs, les hamburgers et les poutines. Le fromage est en grain, pas râpé. Pauline est la première serveuse du restaurant et elle sera sans aucun doute la dernière. Elle doit avoir plus ou moins entre quarante et soixante-dix ans. Robert est assis sur le premier tabouret à gauche. Il porte une chemise de bucheron canadienne matelassée et carreautée bleue. Trentaine avancée. Il a des cheveux et une barbe de trois à quatre jours. Il pourrait travailler tant dans un CÉGEP que dans une firme d’urbanisme. Il mange une poutine et il boit un Red Champagne. Il jase avec Pauline en attendant l’arrivée de son ami d’enfance Bernard. Bernard travaille comme garde-chasse. Il est un peu plus vieux que Robert, mais juste de quelques mois. Il arrive dans le restaurant par les coulisses (privilégier l’entrée par la coulisse opposée à celle de Robert). Bernard porte une veste caca d’oie du même genre que la SQ. Le logo dans son dos est une pâle copie non conforme du logo de la SQ (vérifier les droits d’auteur sur ce logo). « Agent de la faune, des pêches et du territoire » est inscrit au dos du manteau en grosses lettres qui réfléchissent dans le noir la nuit. Selon l’actualité, il peut y avoir un fusil à sa ceinture (prévenir le public et le bon goût avant l’entrée sur scène de Bernard armé).

 Bernard entre dans le restaurant et il s’assoit sur un tabouret. Il laisse un tabouret libre entre lui et Robert (oui, Robert et Bernard resteront dos au public durant la pièce…). Pauline cuisine lorsque les deux hommes débutent leur conversation.

ROBERT : Se tourne vers Bernard. Quinze menutes de r’tard… Si ça f’sait pas vingt ans qu’on s’connait… En riant. J’pense que j’s’rais surpris si t’avais été là d’avance.

BERNARD : Ostie. Si tu savais la journée qu’j’ai. Tu s’rais surpris que j’sois là point barre.

ROBERT : Ah ouin ?

BERNARD : Ouin…

Pauline s’arrête de cuisiner pour prendre la commande de Bernard.

PAULINE : Même chose que d’habitude mon chou ? Deux steamers fromages jaunes ?

BERNARD : En trio poutine, avec le crème soda ma Pauline.

PAULINE : J’t’amène ça mon chou.

BERNARD : Merci ma belle Pauline. Parlant à Robert. Est incroyable c’te femme-là.

ROBERT : J’sais bin. Un temps. Facqu’grosse journée ? C’est quoi qu’y s’passe ?

BERNARD : Bin oui toé, j’arrive d’Jonquière-Nord. T’sais le refuge d’animaux à Larouche ? Bin criss, y’a eu du braconnage.

ROBERT : Du braconnage dans un r’fuge ? Tu veux dire qu’y’a que’qu’un qui’est allé chasser là ? Sur un ton ironique. Gros chasseur…

BERNARD : Attends, c’pas toutte. Si t’avais vu ’a place. J’jamais vu ça d’ma vie.

ROBERT : Bin là criss, c’pas y’inke un animal mort ton affaire ? Y’a tué quoi l’gars ?

BERNARD : Un ostie de gros buck. C’tait la genre de mascotte d’la place. Un orignal arrivé bébé au r’fuge après avoir été r’trouvé su’l bord d’la 170. Sa mère a dû être tué durant ’a saison d’la chasse pis le p’tit s’promenait dans l’parking d’l’Étape. Les agents d’la faune l’avait pris pis amené au r’fuge… ça f’sait cinq ans qu’y’était là selon la bonne femme vétérinaire.

ROBERT : C’est cheap, mais c’quand même faitte pour être tué ces bêtes-là.

BERNARD : Y’a tuer pis… Insistant. Pis tuer…

ROBERT : Sur un ton découragé. Sti ! Bernard, t’as d’jà vu ça un animal mort. C’quand même just’un buck mort.

BERNARD : Tu comprends pas. Le gars a tué l’buck au gun… mais y te l’a dépecé à tchén’ssâ sti ! Sur un ton insistant. En plein jour ! Pis y’a pas un criss de chats qu’y’a vu d’quoi.

ROBERT : Quoi ?!

BERNARD : ’garde. Il prend son cellulaire dans la poche gauche de son manteau. Il déverrouille l’écran. Il cherche un temps en appuyant sur l’écran et Bernard fait glisser son cellulaire sur le comptoir en direction de Robert. Robert prend le téléphone dans ses mains, il regarde une photo et il écoute la description de son ami tout en fixant la photo et en zoomant la photo selon le récit de Bernard. Robert a une face de dégout, même s’il est de dos au public. Bernard regarde Robert durant ses explications. Il peut mimer les actions. C’que tu vois là, c’est c’qui reste du buck. Y’a été coupé en une vingtaine d’gros morceaux, avant d’se faire r’découper en d’autres. J’devine ça, à voir l’étendue des restants d’la viande à terre. Au tour d’la carcasse, bin c’qui en reste là, tu vois ? C’est d’la chair émiettée. Des p’tits grumeaux qui’ont r’volé su’ cinq pieds. C’pas drôle, j’en ai r’trouvé à six pieds dins air su’ un arbre. Y’a des trainés de sang partout… J’te jure, c’t’une vraie boucherie. L’gars qui a fait ça, m’as t’dire qu’y’avait jamais fait ça d’sa criss de vie. Ça s’voué ! Y’a pitché partout ’es boyaux d’l’orignal. Tu peux même voir qu’y’a dû glisser d’dans par ’a trace que tu vois en bas à gauche. Pis à côté c’est c’qui reste des poumons, du foie pis du cœur. En t’cas, y’a laissé la tchén’ssâ su’ place. A sert pu à rien ’a pauvre machine, y’a d’la chair, du pouèles pis des fragments d’os partout dans chaîne. Tu t’souviens des morceaux de jambon haché, t’sais qu’ta mére nous f’sait pour dîner l’midi là, c’est pareil, mais sont comme tombés dans l’pouèle de ton vieux chat nouère pis trempés dans… mettons pas loin d’dix gallons d’sang, genre. M’as te dire que ça t’donne pas l’appétit bin bin ça, pis là j’te parle pas d’odeur. Juste te dire que l’soleil plombait pas mal hier… Criss en une journée y’avait déjà des vers blancs partout… L’pire encore, c’est qu’le p’tit tabarnac qui’a fait ça, y’a coupé à tête. Décapitée. Pu d’panache rien. Juste une carcasse, pas de jambes rien, y reste qu’le tronc sti.

PAULINE : Elle se tourne vers les deux gars. Bin crère qu’tu donneras pas faim à personne a parler de t’ça. J’ai même pu l’goût d’toucher à mes s’ucisses. Elle rit et elle tend son repas à Bernard. Tiens, bon appétit mon chou. Surprise. Oh ! J’t’amène ton crème soda t’u’suite. J’t’ai pas oublié.

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