Chien-chaud

Sans titre-1

  Deux boîtes de KD, mais pas de lait (j’sais pas si ça existe encore du lait de vache astheure). Dix sachets de ramens saveur de bœuf. Une boîte de pâte à lasagne express de Catelli. Environ deux tasses de farine.

Trois pots Masson de riz brun. Un de lentilles.

Une douzaine de Gatorade. Trois canettes d’orangeade.

Deux sacs de cinq-cents grammes de noix mélange du randonneur.

Un gallon de vinaigre. La moitié d’une boîte de p’tite vache (on pourra peut-être en faire un volcan).

Trente-six croûtons à salade à saveur de bacon.

Sel. Poivre. Vinaigrette italienne.

Une bouteille de sauce soya. Un restant de pot d’olives dans le vinaigre. Un restant de Cheeze Whiz qui est su’l bord de passer date (oui, y’a une date de péremption là-d’ssus).

De la confiture de fraise, dix gaufres Eggo décongelées.

Dix biscuits soda.

Y nous reste aussi quatorze tranches de pain blanc. Mais j’dois les cacher. Faire comme si a l’existaient pas. J’dois mentir à mes compagnons pour leur bien.

Y s’ront bin heureux que j’aie dit qu’on avait pu rien quand qu’on en sera rendu à manger nos croutes. Y me pardonneront d’es avoir garder pour plus tard. Chu sûre.

Le demi-pot d’olives marinées à l’ancienne devrait se terminer ce soir. Le sac de biscuits soda pis le vieux pot de Cheeze Whiz avec.

J’ai moé pis quatre personnes à nourrir avec c’qui reste jusqu’au temps qu’un miracle se réalise, ou qu’on trouve la solution à notre épisode sans fin de Survivor.

On fera pas long feu, je te l’dis.

Depuis qu’la maison dans laquelle on essaie de survivre a été entourée par des sanZames (après que Samuel ait accidentellement déclenché le système d’alarme de la maison en jouant avec son criss de tire-roche de fortune), c’t’impossible de sortir dehors pour nous réapprovisionner en nourriture, ou en papier de toilette. Par chance que Geneviève, la blonde de Sam pis accessoirement la capitaine de mon équipe d’impro, avait amené assez de linges laittes dans son sac à dos pour régler ce p’tit problème hygiénique.

Heureusement pour nous, mon coup de machette a mis hors service le système d’alarme, mais le mal ’tait d’jà faite.

J’ai compté deux cents sanZames le premier jour.

Cinquante de plus le deuxième.

Trente de plus le troisième.

Au quatrième jour et durant ceux qui suivirent, y’a eu environ une vingtaine de ces criss de goules qui s’ajoutèrent de manière exponentielle.

Pis comme tu l’sais : plus y’en a, plus ça en attire d’autres.

Les scénarios de notre disparition se comptent au nombre de trois.

Mourir de faim.

Mourir dévorés par des sanZames qui par leur nombre finiront par briser la porte d’entrée, passer par un mur, ou une fenêtre.

Mourir en tentant de sortir d’icitte.

On a essayé de nettoyer le secteur à distance. Mais on a juste gaspillé les munitions du fusil à Stéphane. Quand on en abattait un, deux autres sanZames arrivaient attirés par le bruit.

Quand qu’on a compris qu’y’étaient attirés par le bruit (ouais… c’est juste là qu’on a compris), on s’est essayé de faire diversion en lançant nos balles de baseball (le p’tit gars qui devait vivre dans cette maison avant qu’on arrive était un joueu’ de baseball) contre des fenêtres. William m’avait convaincu que le bruit d’une vitre brisée allait régler notre problème. Facque, y’a pris le batte de baseball, y’a enlevé le gros clou rouillé que Sam avait planté dedans, pis y’a commencé à swigner les obus de la dernière chance en direction des fenêtres de l’autre bord d’la rue.

Will a bin beau avoir des longs bras, ça lui garantit rien. Un sport s’improvise pas. Y’a jamais été capable de cogner la balle plus loin que la rue, même quand j’y lançais des belles balles ballounes.

Résultat : un ostie de bon show à voir Will manquer ses balles pis aucune vitre de brisée.

Au bout de trois balles, j’lui ai dit que ça servait à rien son affaire, qu’il y en avait trop pour les éloigner de même, qu’on avait juste perdu trois balles de baseball en échange d’un bon moment à rire de lui.

Facque j’ai arrêté de compter les ennemis à l’extérieur pour commencer à compter nos provisions.

J’m’occupe de rationner notre bouffe depuis deux semaines. Grâce à Samuel, on est encore capable d’avoir un peu d’eau presque potable via un système de boyaux d’arrosage sur le toit qui accumule l’eau pluie dans le bain. Ç’a été sa manière, j’imagine, de se rattraper pour ses niaiseries avec son ostie de slingshot.

Geneviève, Sam pis Will sont mes amis. Stéphane, le prétendu « policier », est juste un dude qu’on a rencontré sur not’ ch’min lors du début d’la crise.

J’pense plus que y’était genre un agent de sécurité à Place du Royaume qu’un membre du SWAT mettons.

T’sais, me semble que y’aurait jamais « oublié » ce jour-là son uniforme de policier. Quand qu’la marde a commencé à prendre partout… Y devait bin être en « service ».

T’sais, si j’pouvais juste voir de plus près la criss de chemise grise qui porte, chu sûre que j’verrais qu’y’a arraché la patch GARDA de dessus pour pas qu’on découvre son mensonge.

M’as-t’dire de quoi, c’t’un gros fake notre Stéphane. Un criss de gros fake.

Stéphane y passe ses journées dans un coin sans parler. Y sort de là seulement lorsque j’ai terminé de « préparer » le repas qui aujourd’hui ressemble pas mal plus à un amuse-gueule qu’au souper du réveillon. Ça seule utilité, ça été de nous aider à barricader les portes et les fenêtres d’la maison avec tout ce qui nous tombait sou’a main. Une fois cette tâche accomplie, y’a commencé à se cacher, a juste pu rien faire. De temps en temps y se plaignait d’avoir mal à tête, facque j’y ai donné notre maigre provision de Tylenol.

Tu dois bin te demander pourquoi j’lui ai tout donné nos aspirines ?

Sûrement que j’me sentais mal d’avoir gaspillé toutes ses balles de fusil pour pas grand-chose. Me semble que c’tait la moindre des choses de lui donner ce qu’y voulait.

J’crie qu’le souper est prêt. Mes convives s’assoient en indien au tour d’la table de salon qui sert dorénavant de table à manger. Quand je sers notre maigre repas, le silence qui plane laisse comprendre aux autres qu’on est pas mal rendu à la fin de nos réserves. Chacun grignote en silence son maigre sandwich de biscuits soda aux olives. Geneviève prend une bouchée pis donne la seconde à son chum (caliss, y peuvent pas s’empêcher d’être cute même dans la fin du monde ces deux-là).

Stéphane a gobbé le sien. Y demande si y’en a encore. Ma réponse reste négative même après qu’il m’ait reposé dix fois sa même criss de question. Je perds un peu patience et j’lui crie d’ssus (assez fort pour me d’mander si j’venais pas d’attirer plus de sanZames).

Stéphane semble entrer dans un genre de délire. Y marmonne. Y tremble. Genre y fait un peu le bacon en faisant sursauter ses épaules. Toujours assis devant moé, ca face se met à crisper. Y grimace de plus en plus.

J’regarde Will. Will me regarde. Sans un mot, on comprend que la situation va bientôt dégénérer. Sam se lève et amène Geneviève dans une autre pièce sans faire de mouvement trop brusque pour troubler encore plus Stéphane (quelle attitude chevaleresque !).

Stéphane tente de se lever. Y se réessaie deux trois fois sans résultat. Une fois rendu su’ ses deux pieds, y vacille à gauche à droite. Y fait un pas devant, un pas derrière, en alternant, sans avancer, comme si y perdait son équilibre.

J’vois bin que Stéphane est dans une genre de psychose, pas besoin d’avoir fait des études en travail social pour comprendre ça.

Y continue à marmonner. Y dit d’quoi su’a céphalée j’sais pas quoi. Que dans sa tête, ça fait mal. Y frappe son crâne avec sa main droite.

C’clairement un malade.

Sam ‘Lancelot du Lac » revient d’avoir sauvé sa sainte princesse Geneviève. Y tente de désamorcer la crise, mais on dirait que Stéphane l’entend pas. Notre preux chevalier tente de déposer sa main sur l’épaule de notre dragon psychopathe pour le rassurer, sauf que quand Sam fait ça, Stéphane hurle de douleur, comme si y v’nait de recevoir un coup de batte de baseball entre les deux yeux.

À force de hurler, notre gros policier vomit son maigre repas. Un ostie de gros jet de vomi va tomber su’es pieds de Will.

Stéphane étouffe. Tousse. Tousse encore. Tousse toujours. Y manque comme d’air, on dirait. On recule, on lui laisse d’la place.

Will pis Sam me regardent comme si j’devais faire de quoi.

J’m’essaye. J’demande à Stéphane de s’calmer. Mais y fait comme si y m’entendait, mais qui m’voyait pas. Chu là, devant toé Stéph que j’y dis. Toujours rien. Comme si j’tais un fantôme.

Stéphane commence à me crier dessus, mais pas dans ma direction. Y crie sur vers Will pour me dire que j’dois arrêter de l’empoissonner criss de sorcière que chu. Que chu juste une salope, une menteuse, une manipulatrice, une voleuse.

Y dit qui sait c’que j’cache. Que j’peux bin faire ma smatt avec les autres, mais qu’les autres me trouveraient pas mal moins smatt que ça si y savaient que j’cache d’la bouffe juste pour moé, pendant que j’leu’ fait manger mes sandwichs à marde pis que j’mange du bon pain blanc POM quand qu’y’ont le dos tourné.

Will pis Sam semblent pas tant troubler par la révélation. Mais j’m’explique. Les gars sont rassurés (j’te l’avais dit qu’y m’comprendraient), sauf que Stéphane, lui, y continue à m’crier d’ssus dans l’vide.

Y s’arrête.

Sa face se relâche. On dirait qui contrôle pu son visage genre. Y semble pris de panique, mais ses lèves bougent au ralenti. J’pense qu’y continue à m’envoyer chier, si c’pas ça, j’sais pas c’qu’y dit, mais bref, personne est capable de déchiffrer ses paroles.

Pis là : BOOM !

Stéphane tombe bin raide à terre pis y fait le pogo pendant un bon deux menutes. Moé pis les gars se lançons vers lui. On voudrait bin l’aider, mais on sait pas quoi faire.

Geneviève sort de sa cachette pis a se met à crier. Est prise de panique (j’comprendrai plus tard, qu’elle, a savait ce qui s’passait quand qu’a l’a vu Stéphane faire le bacon à terre). Samuel calme sa blonde pis moé et Will constate que Stéphane bouge pu pantoute. J’regarde son pouls.

Rien.

On est plus que quatre dans maison. Quatre survivants plus un cadavre en d’dans pis des centaines de sanZames dehors.

Geneviève se demande si on doit faire des funérailles à Stéphane. Ça serait une gaspille de temps selon moé. Une gaspille de ressource aussi. On est quand même pas pour utiliser les planches bois qui nous reste pour y faire un cercueil. J’lui réponds qu’on pourra pas enterrer notre policier mort, qu’on pourra pas lui faire une cérémonie avec un buffet froid pis toute pis toute, mais qu’on doit honorer l’opportunité que nous offre notre ex faux ami policier.

A comprend pas c’que je veux dire. Les deux gars non plus.

À base, l’anthropophagie semble pas la solution la plus facile à prendre quand t’es pris dans une maison avec tes chums durant la fin du monde pis qui t’reste rien à manger, mais une fois qu’a se propose à toi, t’as comme pas le choix d’la prendre.

Pour éviter le traumatise à mes chums, y’a que moé qui sait quelles parties qu’on mange. J’ai mis la carcasse à Stéphane dans la salle la plus froide d’la maison pis j’la découpe à l’abri des regards des autres.

Une fois cuit, Stéphane fait un pas pire fake steak haché de porc mi-maigre. Quand j’ai pensé à mettre la viande dans les boyaux, j’tais pas si sûre que ça, mais t’aurais dû voir la face des chums quand chu arrivé avec un plateau de hot-dogs.        Avec le pain que j’avais gardé caché, mes roteux spécial Stéphane ont fait fureur. Gen en a même repris deux fois. Entre ça pis d’la Belle Province, y’avait aucune différence.

Rendu aux abats les plus dégeux, Geneviève nous a dit que c’était trop pour elle, qu’on pouvait pas continuer encore de même bin bin longtemps. J’pense que d’essayer d’y passer les yeux comme des œufs, c’était un peu trop pousser ma luck.

Pendant que j’rassurais Geneviève su’l fait qu’on arrêterait de manger les restants de Stéph, les deux gars se sont mis à se pitcher les globes oculaires.

En les regardant faire, pis en riant un peu de la situation, j’trouve encore une fois la solution au problème de notre survie collective.

On est retourné sur le toit pis on a repris l’exercice de baseball, sauf que là c’tait moé qui battait, pis que j’cognais les restes de Stéphane.

Les os et le gras abondant de Stéph nous ont permis d’éloigner les sanZames assez longtemps pis assez loin de nous pour qu’on se sauve d’la maison jusqu’à notre prochain épisode de fin du monde.

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2 thoughts on “Chien-chaud

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