DÉCHET

Note de l’auteur : une pièce de théâtre des années 70 avec un peu des années 10.

Sur le décor d’une scèneà l’italienne, le demi-sous-sol d’un appartement est représenté. Un escalier extérieur de trois marches qui mène à une porte d’entrée est placé du côté jardinAttaque_mouffette_MKP. Les comédiens doivent descendre pour accéder au loyer. À l’intérieur, seulement le salon et la demi-cuisine sont montrés. Au centre de la scène, il y a un divan Ikea brun deux places, une lampe sur pied avec un abat-jour carreauté, un fauteuil vert à oreilles et une plante morte. La cuisine est représentée par un vieux réfrigérateur jaune et une poubelle en fer verte de style New York. Tout au long de la pièce, des déchets encombreront progressivement la scène et s’accumuleront sur le mobilier. Il ne faut pas hésiter à rajouter des poubelles pour cacher le jeu des comédiens.

 Les personnages peuvent être âgés de vingt à quarante ans. Le seul costume important est celui de Bernard. Il doit porter des vêtements noirs de la tête au pied.

[Cédric et Mélisande, couple en amour, vont rendre visite à l’ami d’enfance de Cédric. Mélisande n’aime pas aller chez Bernard. Elle trouve que Bernard et son appartement sentent le renfermé.]

 Les lumières s’allument sur la scène. Cédric et Mélisande descendent les escaliers.

ACTE 1

Cédric : Il cogne à la porte et il s’adresse à voix basse à Mélisande. On reste juste que’ques minutes, j’sais qu’t’aimes pas çà venir icitte, mais j’ai pas l’choix, un chum, c’t’un chum. Pis ça fait deux semaines qu’personne a eu de ses nouvelles. J’ai l’air d’être la seule personne qui s’inquiète pour lui.

Bernard entre par le côté cour. Il marche en direction de la porte durant que Cédric s’adresse à sa blonde.

Bernard : il ouvre la porte avec un air surpris, mi-craintif. Hey! Si c’est pas  Cédric. J’savais pas qu’t’allais passer à souère. Pis si c’est pas la belle Mélisande qu’y’est avec toé. Il s’approche pour lui faire la bise, mais elle recule. Eh bin! Rentrez! Rentrez!

Cédric : J’voulais pas te déranger là. J’avais juste pu de tes nouvelles. J’passais dans le boutte, facque chu… Bin on est v’nu voir c’qu’y se passe avec toé là.

Bernard : Il fait signe d’entrer. V’nez vous assoir là.

Mélisande fait des gros yeux à Cédric en signe de protestation. Cédric l’ignore. Il entre, suivi de Mélisande. Bernard les laisse entrer et il referme la porte derrière eux.

Bernard : Prenez une place. Désolé pour le ménage, j’ai pas l’temps de ce temps cite pour faire ça le ménage pis y’a jamais personne qui vient m’voir de toute façon.

Mélisande pousse avec ses pieds des déchets dans le but de se frayer un chemin vers le divan. Cédric tente de la suivre. Bernard reste debout près de la porte.

Cédric : Facque t’es bin occupé? C’pour çà qu’on te voit pu.

Bernard : Ouais. J’ai une grosse commande de banc de parc à vernir pis à peinturer en blanc. Un gros contrat qu’j’ai eu d’la Ville. J’fais ça dans l’jour, pis j’sors qu’le souère. Faut qu’j’arrête le souère pa’ce que j’dois faire aérer l’appartement. Si j’reste trop longtemps en d’dans, l’odeur d’la peinture finit par m’faire halluciner, facque je vais me promener dans le p’tit bois en face du parc. Pis là, bin j’me couche tard. Facque j’me lève tard, pis j’recommence encore. C’est rendu ça ma vie.

Mélisande : Il est bien vrai que l’odeur est nauséabonde ici. Elle cherche de l’air.

Bernard : Ouin. C’est temporaire…

Mélisande : Sur un ton mesquin. Et les poubelles sont temporaires, ou c’est de la décoration?

Bernard : C’pas des poubelles ordinaires. C’sont des trucs que j’veux m’servir pour des futurs projets. J’prépare une grosse expo d’art moderne.

Cédric : Toujours dans l’art toé. T’as du courage. J’aurais lâché ça d’puis longtemps être toé.

Bernard : Ouin… Hey! Donnez-moi cinq minutes. J’dois aller voir si ma couche de blanc est sèche. J’vais dans l’atelier. Restez icitte. Faites comme chez vous. J’reviens dans pas long. Bernard sort de scène par le côté cour. On doit peinturer deux lignes blanches dans son dos, comme s’il s’était couché sur un banc de parc.

Mélisande : Saperlipopette que ce lieu sent mauvais. Je veux sortir de ce lieu mon amour.

Bernard : C’pas tant pire que ça. Arrête. Y’est content qu’on soit là. Sois compréhensive.

Mélisande : Pas tant pire!? Pas tant pire!? Cédric, tu vois autour de toi? Je me sens comme si je visitais la tanière d’une bête sauvage. Regarde bonté divine! Il y a des poubelles partout au sol, et… On reconnait l’odeur du diable.

Bernard revient sur scène avec ses deux lignes blanches dans le dos. Il va dans le frigo et il fait dos à ses deux amis. Mélisande remarque les deux lignes et elle les pointe à Cédric. Bernard se retourne vers eux. Il laisse le frigo ouvert.

Cédric : T’as quoi dans l’dos?

Bernard : Hin? Ah! Dis-moé pas qu’j’ai encore des traces blanches. C’est bizarre ça. D’puis que j’peinture les bancs, ça m’apparait sans prévenir. Au début c’tait quand j’me couchais su’es bancs pour vérifier leur solidité, pis à force de le faire, on dirait qu’ma peau a comme commencé à absorber la peinture, facque de temps en temps, la peinture me sort du dos pis ça m’fait deux grandes lignes blanches de même. C’est drôle, hin?

Mélisande : Cet étrange phénomène arrive sans crier gare, c’est bien ça?

Bernard : Bin les deux lignes apparaissent seulement en fin de journée. J’imagine que ma sueur doit les faire sortir. Pis a disparaissent le matin après une douche. J’irai voir un médecin quand j’aurai terminé mon contrat à la fin du mois. J’imagine qu’un bain de bouette thérapeutique va pouvoir régler mon problème.

Mélisande : Sur un ton méprisant. Ou un bain de jus de tomate.

Cédric : Il tente de changer de sujet tout en donnant un coup de coude à Mélisande. Ça doit être gros d’la job peinturer tes bancs. Avec un p’tit pinceau là… Ça doit pas avancer vite.

Bernard : Il prend un ton de génie. Bi non! J’ai réglé c’problème-là depuis longtemps. J’dois t’avouer qu’au début, j’trouvais que l’utilisation du p’tit pinceau m’semblait la meilleure idée. Après deux trois jours… J’ai bin vu que j’finirais jamais la job si j’devais me restreindre à son utilisation… Facqu’j’ai essayé au rouleau, mais la finition ‘tait pas superbe. Pis là, bin, tu me croiras pas, mais j’ai inventé une forme de pinceau qui a réglé mon problème pis même que j’ai pas b’soin de mes mains pour l’utiliser.

Cédric : Hin!? J’te crois pas. T’as fait ça comment?

Bernard : Crois-moé! J’peux pas t’donner tous les détails, mais j’pense que j’vais même faire breveter mon invention. Il se penche vers son ami. J’ai installé dans mes pantalons une genre de grosse queue faite avec des pinceaux. Il montre avec l’aide de ses mains la forme, la largeur et la hauteur de la queue. Ça prit du temps à m’habituer, mais astheure j’peux peinturer avec. Comme si elle faisait partie de moé. Il dandine ses fesses. C’est dur à s’imaginer, hin? Donnez-moi deux minutes, j’vais vous chercher ça pis vous allez comprendre c’que c’est. Il quitte la scène en laissant ses deux amis converser.

Mélisande. : Cédric. Il est dix-neuf heures. Le soleil se couche. Pouvons-nous partir là?

Cédric : Attends encore un peu. Y’est full fier pis content qu’on s’intéresse à lui.

Mélisande : Elle fouille au tour d’elle. Elle croit voir une coquerelle. Elle cri. Par Dieu! C’est le bout de la merde. Il y a de gros insectes! Cédric! Il y a un cancrelat qui vient de passer sous mes yeux! J’en suis sûre. Je m’en vais sur le champ! Une blatte! Wash! Ark! Ark! Ark! Wash! Caca! Wash! Je sors de ce trou avant de me transformer moi-même en une poubelle! Tu peux rester ici mon amour, mais moi, je quitte, pis ça se fait là! Elle court vers la porte. Cédric essaye de la rattraper et ils sortent de scène côté jardin. Bernard revient sur scène. Il a une grosse motte qui lui sort par-derrière de ses pantalons. C’est une queue de moufette. Les lumières s’éteignent. Bernard quitte la scène. On ajoute des déchets sur la scène. Si possible, ouvrir de vieux sacs de poubelles et diffuser l’odeur dans le théâtre. Les lumières se rallument.

Le superviseur des travaux de la Ville arrive. Il est habillé uniquement d’une chienne de travail bleue Big Bill. La porte est restée ouverte lors de la sortie des deux amis. Le superviseur en descendant les escaliers remarque l’odeur.

Superviseur : Il cherche comment cogner à la porte même si elle est ouverte. Me me me Monsieur Bernard! Me me me Monsieur Bernard! Êtes-vous êtes-vous là? J’passais dans dans dans l’coin pis j’me me me disais que j’pouvais v’nir v’nir v’nir voir où vous vous en étiez tiez tiez rendu avec not’ job. J’sais qu’y’est passé vingt et une une une une heures, mais j’resterai pas pas pas pas pas long longtemps là. Il dit à voix basse. Mon de de de de dieu, c’t’une vraie de vraie de vraie vraie jungle icitte, y doit y’avoir des des des des animaux. Haha… Ça ça ça ça sent la bé bé bé bé bête sauvage. P’tit tit tit ti jé jé jé Jésus d’plâtre, comment un un un hom homme peut-y t-y t-y t-y vivre là-d’dans. Il appelle encore. Monsieur Be Be Be Be Bernard! Êtes-vous vous vous vous là? C’est mo moé?

Le superviseur s’avance dans la pièce. Il avance lentement et prudemment. On entend un bruit venant de l’autre côté cour de la scène. C’est le son de poubelles en fer qui s’entrechoquent. Le superviseur s’avance en direction du bruit d’un pas craintif.

Superviseur : Allo? Y’a y’a y’a y’a tu tu que’qu’un? Silence. Il regarde dans les coulisses. Le superviseur recule lentement. O o o o os osti, c’est quwa quwa quoi çà? A-yo-yo-yo-yo-yo-ye. Bin bin voy voyons don’. J’ai ja jamais vu ça. Ostie. No no non no non. C’pas pas pas possible. Ostie. C’comme, c’comme, c’comme une une une mou mou mou moufette, mais mais mai pas une mou une moufette, c’pas pas possible, est genre gro gross grosse comme comme comme un homme… mais c’pas un un un un homme. C’pas c’pas un homme.

À SUIVRE, OU PAS.

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